Plaidoyer en faveur de la mise en valeur
du patrimoine religieux de Bellechasse
Saint-Nazaire
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S’il est vrai qu’après le
fleuve et la forêt, le rang agricole fut le premier site de peuplement des
Québécois à l’intérieur de seigneuries singulières et de cantons, s’il est vrai
que le moulin, la gare, le chantier, l’usine ou la croisée de chemins ont servi
de pierre angulaire aux nombreux hameaux surgis du sol au cours des siècles,
c’est dès le départ au sein des paroisses, véritables lieux d’intégration sociale,
que l’église s’érigea en maître pour forger patiemment nos cœurs de villageois.
Qui dit cœur de village dit place de l’église. Souvent en bordure d’une rivière
ou au sommet d’une colline dominant le paysage avec son aire de promenade, son
presbytère, sa chapelle, son couvent et son cimetière, elle se pare fréquemment
d’arbres géants qui au-delà de leur feuillage nous incitent en parallèle à
suivre des yeux le mouvement vertical d’une flèche de clocher dressée comme une
fusée fièrement lancée du sol à la conquête du ciel.
Saint-Henri
S’il est juste et bon que
la science prenne peu à peu le relais moral de la religion dans un vaste
mouvement de laïcisation où l’être humain est appelé à prendre en main son
destin, avec ou sans Dieu, il nous reste à voir ces lieux d’exception où l’eau,
le ciel et la terre se marient, comme autant de haltes conviviales où il fait
bon flâner à l’abri des violences que le temps nous inflige.
Saint-Anselme
Partout en Bellechasse,
une vingtaine de lieux de compassion où l’on peut sans problème vivre à plein
la détresse, l’humiliation, la honte, la révolte et le mépris, une vingtaine de
lieux où la réflexion, la quiétude de l’âme et la sérénité retrouvée se mêlent
à la beauté sauvage d’une nature vivifiante où le cultuel côtoie le culturel,
où divertissement et plaisir des sens s’harmonisent et riment avec art et
savoir.
Saint-Gervais
Quant aux temples
eux-mêmes, qualifiés par certains de châteaux, clés de voûte de l’organisation
spatiale québécoise, ils constituent autant de musées où sont exposées, dans un
univers familier, les œuvres d’une pléiade d’artistes, ceux-là mêmes qui à une
époque pas si lointaine ont su trouver la pleine mesure de leur talent en
architecture, sculpture, peinture, orfèvrerie, couture, broderie, menuiserie,
maçonnerie, ébénisterie, verrerie.
Saint-Michel
Ces églises sont autant de
chantiers et de lieux de création faits sur mesure pour magnifier l’humanité en
quête incessante d’identité structurante et d’absolue bonté au sein d’une
nation souveraine qu’on voudrait forte, intelligente, influente, pacifiante,
inventive, belle et vertueuse, une nation qu’on aime imaginer et qu’on
découvre, à la connaître, perfectible à l’infini.
Saint-Raphaël
En Bellechasse, beaucoup
d’efforts ont été faits et continuent de l’être pour revitaliser les places de
l’église. À plusieurs endroits on a fleuri, aménagé des allées piétonnières,
installé des bancs pour la détente et la contemplation, des tables pour le
pique-nique et l’écriture. On a planté des arbres, installé des panneaux d’information
historique ou des plaques commémoratives, construit des kiosques à musique,
érigé des fontaines, des ponts, des lampadaires. On travaille fort pour rendre
ces lieux historiques attrayants. On a donné aux presbytères qui servaient de
cure et aux couvents encore existants des vocations autres pour ainsi leur
insuffler une nouvelle vie. On a jusqu’ici protégé et agrandi nos cimetières.
Il est grand temps qu’on s’occupe maintenant de nos églises.
Saint-Malachie
Pour mériter le titre de
patrimoine, l’UNESCO nous dit qu’un héritage doit profiter suffisamment aux
contemporains qui le reçoivent pour que ceux-ci se sentent motivés à le
transmettre aux générations futures. Or, actuellement, parce que gérées par des
pratiquants pour des pratiquants, les églises sont ouvertes une fois la semaine
pour permettre la célébration de la messe hebdomadaire. Sauf exception, en
dehors de cela et des grandes fêtes, le public n’y a pas accès.
Armagh
Rares au Québec sont les
gens qui de nos jours profitent des églises. La plupart du temps, les portes
sont fermées à double tour. Autrefois, paroissiens et citoyens se confondaient
et beaucoup de gens bénéficiaient des lieux de culte et de leurs richesses.
Aujourd’hui, les pratiquants sont en minorité. Il faut donc que les
municipalités prennent la relève ou du moins s’associent aux fabriques
paroissiales pour gérer un bien qui, si rien n’est fait, deviendra de moins en
moins public.
Saint-Nérée
Il faut ouvrir les églises
et donner à chaque citoyen la chance d’accéder au patrimoine artistique
qu’elles renferment. Il faut construire des armoires vitrées sécuritaires et
bien éclairées pour exposer nos œuvres d’art en permanence. Il faut recruter et
former des bénévoles pour qu’ils puissent protéger nos trésors, accueillir les
visiteurs et les guider au besoin, les informer et les instruire. Il se fait
beaucoup de bénévolat au Québec. Pourquoi alors bouder celui-là? Quoi de plus
valorisant que transmettre ses connaissances en servant de guide dans un musée
ou un château. Formons des guides et des interprètes. Nous en avons besoin.
Constater son ignorance ne peut avoir d’autres bienfaits que celui de vouloir
en sortir à jamais pour le simple plaisir d’apprendre. Il faut que la population
sache. Elle a bâti et payé ces temples. Ce patrimoine lui appartient et elle
mérite qu’on lui en redonne l’accès et la connaissance.
La Durantaye
Conscientes de la grande
valeur des espaces vitaux au cœur de ses villages, les municipalités travaillent
déjà depuis plusieurs années à les rendre accessibles. Certaines sont devenues
de véritables haltes patrimoniales où il fait bon se rencontrer, prendre une
bouchée à l’heure du midi, échanger, philosopher, partager, cultiver des
amitiés, et ce, de l’aurore au crépuscule dans un décor naturel souvent
fabuleux.
Sainte-Claire
Il faut accentuer ce
travail et continuer de mettre notre imagination au service de la collectivité.
Ce que fait présentement La Durantaye pour revitaliser son église en l’adaptant
à des fins autres que religieuses tout en conservant le caractère sacré de son
espace de culte pour les pratiquants semble très intéressant à cet égard.
Beaumont
Organisons des réunions,
des forums, des concerts, des pièces de théâtre, des marchés aux puces, des
conférences, des séances d’écriture, des symposiums de peinture, des jeux
d’échecs avec pièces géantes, des concours de sculptures sur glace, sur pierre,
sur bois, convions les artistes, nommons le patrimoine, racontons l’histoire,
identifions les arbres et les fleurs qui s’y trouvent, les oiseaux qui
chantent…bref, continuons d’avancer.
Saint-Charles
Nous savons tous que
l’immobilisme tue. Imaginons, inventons, transformons, augmentons notre qualité
de vie et redonnons aux citoyens municipaux leurs espaces publics et leurs
églises pour que chacun et chacune d’entre nous puissent en tout temps, seul ou
avec d’autres, faire le plein de culture et d’air frais.
Saint-Damien
Il ne suffit pas d’aimer,
de se nourrir, de se vêtir et de se loger, il faut aussi apprendre, réfléchir,
connaître, donner sens et créer. Comme disait l’autre : « le bonheur…faut se le
faire », version profane du slogan «
faut gagner son ciel ». Il est grand temps que la culture se régionalise. Il
est grand temps qu’on ouvre les églises, que la taxe accompagne la dîme et que
la part de Dieu redevienne aussi la part de l’homme pour que nous nous sentions
à nouveau propriétaires des lieux non seulement comme croyants trouvant du
réconfort à pratiquer sa foi par le culte, mais aussi comme citoyens qui
trouvent dans le patrimoine, l’histoire, la nature et la beauté des choses, une
occasion rêvée de se divertir par l’art et le savoir.
Saint-Vallier
Il faut d’abord conserver
et protéger l’héritage, mais il faut surtout travailler à son actualisation en
l’adaptant sans cesse à nos besoins. Transformons, mais arrêtons de toujours
détruire à coup d’indifférence et de mépris pour ceux qui avant nous ont trimé
dur pour ne pas mourir.
Saint-Michel
Comme dit la chanson, ne
tuons pas la beauté du monde. Travaillons plutôt à la rendre encore plus belle
à nos yeux… et à ceux de nos enfants. Tradition et modernité se doivent de
faire bon ménage.
Paul St-Arnaud, mars 2008